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FACULTÉ LIBRE DE THÉOLOGIE ÉVANGÉLIQUE (FLTE) ORGANISME
2 octobre 2020
Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes

Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes

« Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » – La Bible, Actes des apôtres, 5.29

Dans le Nouveau Testament, le Livre des Actes des apôtres met en récit les débuts de l’Église chrétienne, à Jérusalem puis dans tout le monde romain du I er siècle. C’est une période troublée, où les premiers chrétiens doivent régulièrement faire face à la persécution des autorités civiles ou religieuses. Le culte de l’empereur, notamment, se développe, et met les chrétiens dans une situation de tension douloureuse. Mais c’est face aux autorités religieuses de leur environnement direct que l’apôtre Pierre et les autres apôtres prononcent cette phrase qui est restée dans les annales : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». Le débat est donc religieux et porte sur la liberté d’expression religieuse : les apôtres peuvent-ils annoncer le message de Jésus-Christ dans le Temple de Jérusalem ?

Mais la parole met aussi face à face deux « autorités », celle de « Dieu » et celle des « hommes ». Du point de vue chrétien, l’autorité divine est évidemment au-dessus des autorités humaines, sinon Dieu ne serait pas Dieu. Mais il est intéressant de noter que les autorités religieuses ne sont pas placées aux côtés de Dieu, et qu’elles ne sont donc pas au-dessus de l’autorité civile. Elles sont au contraire contestées, en faveur d’une revendication de liberté de conscience et d’expression.

Lorsque le Livre des Actes est rédigé, les chrétiens n’ont ni bâtiments d’église ni clergé ni structure officielle. Ils sont un mouvement naissant, mal connu et diversement apprécié. On considère généralement que l’auteur du livre avait entre autres pour intention, en plus de rédiger un document chrétien à vocation interne, de faire connaître positivement aux personnes intéressées du monde romain le mouvement chrétien naissant. La contestation des autorités d’Actes 5.29 s’inscrit donc sur un fond de légitimation. Le mouvement chrétien, suggère l’auteur, n’est pas un mouvement révolutionnaire ni séditieux, mais il se pense porteur d’un message nouveau et fort, qu’il se doit de faire connaître.

Ce qui confirme cette lecture, c’est que la fameuse parole des apôtres, bien que forte, n’est pas strictement originale. L’idée est bien connue dans le monde gréco-romain antique. Elle est très proche d’une parole de Socrate : « J’obéirai à Dieu plutôt qu’à vous » (Platon, Apologie de Socrate, 29d), lorsqu’il est en procès à Athènes et que ses juges lui ordonnent de cesser d’enseigner sa philosophie. Le procès de Socrate était connu dans le monde de l’époque et l’auteur du Livre des Actes, par ce parallèle avec le plus fameux des philosophes grecs, un philosophe mort en martyr, suggère probablement que le christianisme naissant est une pensée qui mérite tout autant d’être connue et dont le message doit être communiqué.

Dans l’histoire de l’Église chrétienne, la question du rapport entre l’autorité de Dieu et l’autorité humaine revient régulièrement. Les exemples seraient nombreux, inspirés de grands textes bibliques comme les Dix Commandements, le message de justice sociale des prophètes ou le Sermon sur la Montagne de Jésus, mais on peut se contenter de citer quelques-uns des plus fameux :

  • le réformateur protestant Martin Luther, au XVI e siècle, qui s’estime contraint par sa conscience de maintenir ses convictions face à l’autorité catholique ;
  • les protestants qui pratiquent leur culte dans la clandestinité, malgré l’interdiction, après la révocation de l’Édit de Nantes ; Marie Durand, pendant cette période, est emprisonnée pendant 38 ans avec d’autres femmes protestantes, à la Tour de Constance, à Aigues- Mortes ; le mot résister, gravé sur la margelle du puits de la Tour symbolise leur refus de se conformer à l’interdiction du culte protestant par l’État ;
  • le pasteur baptiste et réformateur civique Martin Luther King, qui conteste la ségrégation raciale au nom de sa conception chrétienne de l’être humain ;
  • le président Nelson Mandela et l’archevêque anglican Desmond Tutu, qui militent contre l’apartheid sud-africain sur la base de leur foi ;
  • le rôle des Églises protestantes de l’ex-RDA dans la chute du mur de Berlin.

Ces dernières décennies, la question s’est posée en France à propos de l’objection de conscience face à l’exigence du Service militaire obligatoire (avant sa suppression, en 1997). Cette objection de conscience, loin d’être le simple fait d’initiatives individuelles, était notamment le reflet des convictions de tous les courants pacifistes du christianisme et d’un débat sur le rapport aux « armes » qui date de l’Église des tous premiers temps. La pensée évangélique, de ce point de vue, défend la liberté de conscience non seulement chrétienne mais aussi pour tous. Il n’en a certes pas toujours été ainsi dans l’histoire de l’Église, mais on peut quasiment dire que la séparation entre l’Église et l’État et donc la laïcité qui permettent la liberté de conscience sont nées dans l’État du Rhode Island, aux États-Unis, sous l’influence du théologien baptiste Roger Williams, au XVII e siècle.

Le respect des autorités est également bien enseigné dans la Bible : l’épître de Paul aux Romains, chapitre 13, appelle les chrétiens à la soumission aux autorités et à prier pour elles ; et la fameuse formule de Jésus à propos de l’impôt est passée dans le langage courant : « rendez à César ce qui est à César ». Les démarches de contestation apparaissent, comme dans le récit du Livre des Actes, lorsque le respect des autorités humaines, autorités qui sont normalement au service du bien commun, entre en conflit ouvert avec l’attachement des chrétiens à Dieu, et ce sur des questions fondamentales, et quand les lois humaines obligent les chrétiens à poser des actes contraires à leur conscience.

Il se dégage de ces exemples et de la lecture des textes bibliques :

  1. que le respect des autorités civiles enseigné par la Bible oblige les chrétiens à étudier toutes les voies de dialogue possibles avant d’envisager la désobéissance civile ;
  2. que ces attitudes de contestation viennent d’un consensus chrétien collectif, et pas seulement d’initiatives locales ou individuelles (même si le rôles de leaders est indéniable, comme le montre le cas de Martin Luther King) ;
  3. que le premier domaine concerné est la liberté de culte et d’expression de la foi ;
  4. que les modes d’actions vont de la désobéissance passive à la résistance non-violente, aucune forme de violence, en paroles ou en actes, en pouvant être validée d’un point de vue chrétien.

Christophe PAYA
Faculté de théologie évangélique, Vaux-sur-Seine

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