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Organisme CONSEIL NATIONAL DES ÉVANGÉLIQUES DE FRANCE - CNEF
30 mai 2021
01/06/2021 - Discours de Christian BLANC à l'AP du CNEF

01/06/2021 - Discours de Christian BLANC à l'AP du CNEF

Tenir la barre au CNEF :
Rééquilibrage des missions du CNEF pour mettre en valeur la « Mission de Dieu »

Un vent a tourné sur la France

Lors de nos rencontres avec les unions d'Églises évangéliques membres du CNEF en visioconférence au cours des dernières semaines, j’ai partagé un constat au sujet de la France et des relations entre l’État et les religions. Un constat auquel les responsables d'unions ont généralement souscrit.

Le rejet de la religion est apparu peu après mai 68, mais il n’affectait pas directement la vie des Églises évangéliques. Puis, on a vu des complications administratives apparaître pour les associations cultuelles, surtout lorsque l’opinion publique a été alertée sur les dérives sectaires à partir des années 90. Depuis, le climat a continué de se dégrader, le vent a tourné progressivement.

Mais ces dernières années, le phénomène s’est intensifié. Pour ne pas aller trop dans les détails, j’ai souligné quelques faits majeurs, comme :

  • Le projet de loi relatif à la bioéthique dont plusieurs articles vont à l’encontre de nos valeurs chrétiennes ;
  • Le projet de loi confortant le respect des principes républicains. De toute évidence celui-ci va rétrécir plusieurs libertés fondamentales, dont celle de la libre organisation des religions. Avec un alourdissement des contraintes administratives, on s’achemine sûrement vers une laïcité de surveillance.

Mais au-delà des mesures qui alourdiront inévitablement notre vie ecclésiale, ce sont les postures générales du gouvernement et des politiques qui nous inquiètent :

  • Une suspicion sur les religions ;
  • Les faux propos réitérés contre les évangéliques de la part de parlementaires et de Ministres.

A l’évidence, les religions ont perdu toute considération et sont regardées comme des données négligeables et démodées, non pertinentes pour la société contemporaine. Les enjeux des religions sont davantage écoutés lorsqu’ils ont un lien avec le terrorisme.

Les journaux télévisés ont peu couvert les travaux parlementaires sur le projet de loi confortant le respect des principes de la République. Comme s’il n’y avait rien à voir... alors qu’il y va de nos libertés fondamentales.

Les responsables des unions ont généralement partagé ce constat et nous ont rejoints sur l’idée que nos gouvernants ont acté que la société qu’ils souhaitent ne doit plus rien avoir de chrétien. Le signal qui nous parvient laisse entendre que la République revendique d’être le premier éducateur, c’est donc à la République de donner le cadre des valeurs pour le peuple en allant jusqu’à interférer dans le libre exercice des cultes.

Paradoxalement, on assiste aussi à une recherche de spiritualité chez nos contemporains sous les effets de la pandémie qui, soudainement, a mis à mal "la sacralisation du souci de soi" [1]. Jusque-là cette sacralisation du bien-être de l’égo conduisait la société sécularisée vers un idéal de santé, de bien-être et de bonheur par soi sous l’influence des idées du développement personnel [2]. Mais la pandémie a mis en évidence la fragilité de cette société et l’incapacité pour la République de communiquer l’espoir à des contemporains désenchantés, confrontés à la mort. Tout au long de l’année passée, les écrans de télévisions ont affiché des centaines de morts, plongeants les téléspectateurs dans une tristesse individualiste. Des praticiens ont tiré la sonnette d’alarme. Plusieurs responsables d’unions nous ont dit avoir vu arriver dans leurs Églises, ces derniers mois, des personnes en quête de sens et d’espérance. Et cela sans efforts particulier d’évangélisation de la part des Églises.

S’il nous faut renoncer au fantasme d’une société chrétienne, cependant nous avons conscience d’être à un rendez-vous qu’il ne faudrait pas manquer pour le témoignage de l’Évangile, seul message universel d’amour, de joie et d’espérance. Nos conditions de témoignage nous rappellent celles des premiers chrétiens que l’histoire nous dépeint comme attachés à témoigner de l’Évangile de Jésus et à proclamer leur espérance spirituelle même dans un climat hostile. Nous nous souvenons de l’exhortation de l’apôtre Pierre qui encourageait les chrétiens exposés à la persécution, leur rappelant leur mission en tant membre du peuple de Dieu, je cite :

"Vous constituez un peuple que Dieu s’est acquis et qui lui appartient. Aussi devez-vous proclamer bien haut les perfections et les œuvres merveilleuses de Celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière" [3].

Nous restons tous persuadés que l’Évangile est encore source d’une grande joie, comme le disait l’ange aux bergers en annonçant la nouvelle de la naissance du Sauveur :

"Je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie...", nous rapporte l’évangéliste Luc [4]. Et cette joie, une joie missionnaire, associée à l’amour du prochain, nous pousse à partager avec nos contemporains.

Actionner le gouvernail et bien orienter la ligne de foi du CNEF

Le CNEF, plateforme des évangéliques de France, a suivi la règle commune à l’histoire des plateformes, celle qui consiste à évoluer vers un fonctionnement institutionnel. Comme une marée montante et ses courants, la pandémie puis le projet de loi confortant les principes de la République, ainsi que quelques coups de vent parlementaires nous ont conduits à nous préoccuper davantage des Églises, de leur protection et de leur sécurité apportant ainsi un soutien pertinent pour lequel plusieurs nous ont fait part de leur reconnaissance et nous ont encouragés à poursuivre nos efforts. C’était attendu de la part des membres et nous remercions tous ceux qui nous ont encouragés dans cette voie.

Mais si nous mettons toute notre énergie en nous employant à défendre l’institution évangélique sans être attentif à notre mission, la "ligne de foi" du navire CNEF (expression technique empruntée au vocabulaire nautique désignant l’axe longitudinal d’un bateau) s’écartera doucement de la direction "missionnelle" donnée à l’Eglise. Or, c’est là le cap que nous sommes appelés à suivre pour accomplir pleinement le dessein de Dieu. Le livre des Actes des Apôtres met en évidence que l’Esprit de Dieu est missionnaire, il nous indiquera toujours le cap de la Mission. L’institution n’est pas mauvaise en soi. Considérée d’un point vue positif, elle donne un cadre utile à la manifestation de la vie spirituelle, mais elle ne reste qu’un outil au service de la Mission. Nous devons veiller à ce que l’institutionnalisation ne vienne pas étouffer, parfois subtilement, la joie missionnaire qui nous anime. C’est le même danger qui guette les unions.

Face au constat d’une société sécularisée, sans Dieu et sans espérance, il nous faut augmenter le régime du moteur "missionnel", sans ralentir pour autant le moteur institutionnel dont l’efficacité a été constatée, et agir sur la barre de telle sorte que les orientations du CNEF soient bien dans l’axe de la volonté divine. Nous avons toujours affirmé que la vision du CNEF était de favoriser l’annonce de l’Évangile, il est urgent pour nous d’être plus intentionnels. "Le temps vient où personne ne pourra travailler", a dit Jésus-Christ.

Développer intentionnellement le moteur missionnel du CNEF

Il est nécessaire de nous concerter pour une vision globale d’évangélisation. J’ai fait remarquer que si le vent a tourné sur la France au cours de ces dernières années et si nos dirigeants ont validé une société sans transcendance, il est clair néanmoins que notre société a plus que jamais besoin du message d’espérance du Christ. La première réunion de consultation par le Président de la République (à laquelle le CNEF avait été invité, mais pour raison de santé, je n'ai pas pu y participer) avait pour thématique "notre rapport à la mort".

Des observateurs non religieux analysent la situation et font part de leurs observations comme Luc Ferry dans son livre sur les 7 écologies : "La vérité c’est que nous sommes chaque année plus nombreux à ressentir de manière angoissante, désenchantement et sécularisation obligent, le poids de notre absolue finitude... ». Pour illustrer son analyse, il rapporte les propos inquiets d’un directeur de pompes funèbres : « Naguère encore, nous étions les sous-traitants de l’Eglise, aujourd’hui nous sommes en première ligne face aux familles, et nous ne savons plus quoi leur dire, surtout quand il s’agit de non-croyants ».

La question se pose à chacun d’entre nous : Nos Églises sont-elles capables aujourd’hui d’être présentes à cette nouvelle société et pertinentes dans leur témoignage ? Si notre société a changé, il faut que notre manière d’y être présent s’y adapte pour que le message de fond, toujours le même, soit compris et reçu. Comme Jésus-Christ a construit un pont entre la samaritaine et lui, alors que les contextes culturel et religieux les séparaient, comme Paul en a aussi construit selon les auditeurs qu’il rencontrait, de même les Églises doivent apprendre à construire de nouveaux ponts pour atteindre les divers segments de la société.

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Le CNEF a comme vision centrale d’aider les Églises à faire connaître l’Évangile du Christ et à accomplir la Mission de Dieu. Cette vision lui est spécifique. S’il ne la poursuit pas, d’autres le feront certainement, mais comment... ? Avec ses rôles reconnus de catalyseur, de facilitateur et de coordinateur (dans l’accomplissement de sa mission de concertation), il appartient au CNEF d’inspirer une démarche d’aide et d’encouragement face au défi de la nouvelle société française sans espérance. Les responsables des unions ont très largement salué cette orientation.

Pour que notre vision ne rime pas uniquement avec "incantation" mais plutôt avec "action", le CNEF pourrait proposer une démarche concrète, pour répondre aux priorités définies par le Comité représentatif et faire valider un objectif commun en lien avec notre vision. Le CNEF est reconnu pour cette démarche à travers sa mission claire de concertation, Il peut donc développer un leadership de vision globale pour la Mission de Dieu en France et la coordination d’une dynamique. Mais Le bras armé pour l’évangélisation ce n’est pas l’institution CNEF, ce sont évidemment les Églises et les chrétiens dans la situation présente. La mise en application doit être faite par les unions et leurs Églises.

Plusieurs écosystèmes existent au sein du monde évangélique. Ils s’enrichissent entre eux. Il nous faut donc tenir compte :

  • Des unions avec leurs Églises
  • Des territoires où les Églises vivent déjà dans un climat interdénominationel
  • Des ministères spécialisés, dont ceux des œuvres
  • Des chrétiens dans les différents segments de la société

Notre volonté vise à augmenter le régime du moteur missionnel du navire dès cette année en nous inspirant de l’expérience des communautés d’apprentissage dont les responsables d’unions nous ont rappelé les apports positifs.

Une belle dynamique spirituelle s’offre à nous, si nous arrivons ensemble, dans un souci d’unité, à définir une vision commune nationale pour des Églises proactives et pertinentes dans la société française du 21ème siècle ! C’est le défi que je propose à l’Assemblée plénière au nom du bureau et du Comité représentatif du CNEF.

Parallèlement, un élan de prière porterait certainement efficacement cette réflexion commune. J’ai constaté que ceux qui s’engageaient dans l’évangélisation avaient besoin d’être porté par nos prières. Il n’y a pas d’efficacité dans l’action si en parallèle celle-ci n’est pas portée dans la prière. Les grandes orientations de l’Eglise du premier siècle racontée par Luc dans les Actes des Apôtres trouvent leur origine dans la prière. Serait-ce trop ambitieux de proposer un tel élan aux membres du CNEF ?

Conclusion

La bonne orientation de la ligne de foi du navire CNEF consiste à veiller sur les fonctions institutionnelles et à augmenter le régime du "moteur missionnel" pour lui donner un cap qui impactera largement les années futures du monde évangélique et j’espère aussi la destinée éternelle de générations de français. Il nous faut "avancer vers le large, en eau profonde... jeter les filets pour pécher", comme le disait Jésus à Pierre [5].

"Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie"
La Bible, Jean 20.21

[1] Luc Ferry – Les sept écologies, Editions de l’Observatoire 2021, p. 42
[2] Ibid
[3] 1 Pierre 2.9 Parole Vivante (transcription moderne du Nouveau testament)
[4] Luc 2.10
[5] Luc 5.4

Vote favorable des délégués de l'Assemblée plénière le 01/06/2021 :

Nous, délégués de l’Assemblée plénière du CNEF, réaffirmons que l’appel du CNEF est prioritairement de favoriser l’annonce et la pratique de l’Évangile de Jésus-Christ, partout et dans toutes les sphères de la société, notamment par l'implantation d'Églises.

Nous voulons œuvrer concrètement ensemble dans ce but.

Nous renouvelons notre confiance au CNEF dans son rôle de leadership de vision pour soutenir cette priorité. Nous lui reconnaissons, dans le cadre de sa mission de concertation, un rôle de catalyseur et de facilitateur, au niveau national et des territoires, dans le respect des missions de ses membres, unions d’Églises et œuvres.

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