Maraudes à Marseille : "Des gestes simples peuvent apporter de la joie"
Aller à la rencontre des personnes à la rue
Depuis près de dix ans, Ludovic participe à des maraudes auprès des personnes sans domicile dans les rues de Marseille. Avec une équipe de bénévoles, il distribue nourriture et vêtements, mais surtout écoute, prie et partage l’Évangile. Pour lui, cette mission est une manière très concrète de vivre sa foi.
💬 Qui êtes-vous ?
Je m’appelle Ludovic. J’ai été baptisé en 2013. Je suis marié avec Alexia et nous vivons à Marseille. Je fréquente l’Église évangélique La Rose, une Église des Assemblées de Dieu, où je sers comme prédicateur depuis 2017.
Depuis plusieurs années, j’ai aussi à cœur de m’engager concrètement auprès des personnes les plus démunies. C’est dans ce cadre que je participe à des maraudes auprès des personnes sans domicile dans différents quartiers de Marseille.
💬 Depuis combien de temps êtes-vous engagé dans ce ministère de maraudes ?
Je ne suis pas le fondateur de cette œuvre. Le ministère a été lancé il y a plus de quinze ans par Mohamed, qui avait à cœur d’aller à la rencontre des personnes à la rue.
Pour ma part, cela fait environ dix ans que je me suis engagé dans cette action. Aujourd’hui, je collabore avec lui et je suis devenu responsable dans ce ministère.
Nous sommes environ quinze bénévoles impliqués dans ces maraudes. À chaque sortie, nous partons à cinq dans un véhicule, avec tout ce qu’il faut pour répondre aux besoins des personnes que nous rencontrons.
💬 Comment se déroulent concrètement les maraudes ?
Avant chaque sortie, nous préparons le véhicule. Nous prenons des vêtements pour hommes et pour femmes, des sandwichs, du café ou de la soupe. Ce sont des choses simples, mais qui peuvent vraiment aider les personnes dans leur quotidien.
Nous prenons toujours un temps de prière. Nous remettons cette sortie entre les mains de Dieu et nous lui demandons de nous conduire vers les personnes qui ont besoin d’aide.
Ensuite, nous faisons un circuit dans plusieurs quartiers de Marseille, notamment dans le centre-ville, autour du Prado, du boulevard Baille ou encore de la Canebière. Nous allons à la rencontre des personnes sans domicile. Nous leur proposons quelque chose à manger ou à boire, surtout nous prenons le temps de discuter avec elles. Quand elles le souhaitent, nous partageons aussi l’Évangile et nous prions ensemble.
💬 Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager dans ce ministère ?
Pour moi, cela va avec mon appel à annoncer l’Évangile. J’aime partager la Bonne nouvelle de Jésus, et dans la rue on rencontre des personnes qui vivent dans une grande précarité, parfois dans des situations très difficiles.
J’aime dire que c’est une manière de vivre « l’Évangile en trois dimensions ». Il ne s’agit pas seulement de parler de la foi, mais aussi de la vivre concrètement, d’abord en aimant son prochain et aussi en prenant soin de lui. C’est cette conviction qui m’a motivé à rejoindre ce ministère.
💬 Y a-t-il une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?
Oui, il y en a beaucoup. Mais je pense notamment à Ali. Ali était musulman et il vivait dans la rue depuis plus de trente ans. Il était aussi très marqué par l’alcool et par différentes addictions. Au fil des maraudes, nous avons commencé à parler avec lui. Nous lui avons donné un Évangile et nous avons prié pour lui. Petit à petit, quelque chose s’est ouvert dans son cœur. Un jour, nous avons prié pour que Jésus se révèle personnellement à lui. Quelques semaines plus tard, Ali nous a raconté qu’il avait fait un rêve dans lequel Jésus lui était apparu. À partir de ce moment-là, il disait avec conviction : « Oui, Jésus est le Fils de Dieu. »
Peu de temps après, Ali est décédé. Mais nous avons la conviction qu’il avait réellement rencontré Christ.
💬 Avez-vous vu des personnes sortir de la rue ?
Oui, cela arrive. Je pense par exemple à un homme appelé Abdel, que nous avions rencontré près de la gare Saint-Charles. Lui aussi était d’origine musulmane. Au fil des rencontres et des échanges autour de l’Évangile, il a commencé à s’ouvrir. Lorsque nous l’avons revu quelque temps plus tard, il avait un Évangile à la main et il parlait déjà de Jésus autour de lui. Aujourd’hui, il a retrouvé un logement et un travail.
💬 Ces rencontres ont-elles changé votre regard sur les personnes à la rue ?
Oui, complètement. Quand on va à leur rencontre, on découvre la profondeur de la détresse dans laquelle certaines personnes vivent. Beaucoup vivent dans la peur de se faire voler leurs affaires ou d’être agressés. Mais on voit aussi combien des gestes simples peuvent apporter de la joie : un café chaud, un sandwich, quelques vêtements ou simplement une conversation. Ces rencontres nous apprennent la compassion, la patience et l’amour du prochain.
💬 Que diriez-vous à des chrétiens qui se sentent démunis face à la grande précarité ?
Je crois qu’il n’y a pas besoin de compétences particulières. Ce qu’il faut avant tout, c’est un cœur disponible. Quand on se met simplement à la disposition de Dieu, il agit. C’est une aventure profondément humaine et spirituelle.
💬 Selon vous, quelle place l’Église devrait-elle prendre auprès des personnes les plus vulnérables ?
Je crois que l’Église devrait davantage aller vers l’extérieur et vers les personnes démunies.
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Au travers de la série "Témoignages de terrain", le CNEF souhaite mettre en lumière des initiatives locales qui font vivre l’Évangile au cœur des territoires, afin d'inspirer et encourager chacun à s’engager, là où Dieu l’a placé.
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