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Christophe PAYA
3 février 2021
4/5 - Le défi éthique

4/5 - Le défi éthique

Le défi éthique : quelle éthique missionnelle ?

Le défi suivant est éthique. Mais je voudrais formuler ce défi éthique en le mettant en lien avec la dynamique missionnaire de notre protestantisme évangélique. L’implantation de nouvelles Églises, le développement des Églises existantes, l’apologétique pratique, l’évangélisation, l’ouverture de nos Églises à leur environnement, qui sont des priorités du CNEF, tout cela nous pousse à ne pas seulement faire de l’éthique une question indépendante, mais aussi à l’insérer dans la dynamique missionnelle de nos Églises.

L’éthique évangélique fait face à de multiples questions. Ce n’est pas nouveau, mais certaines des questions sont nouvelles ou récentes, et très importantes, notamment celles qui touchent à l’environnement ou aux migrations de populations pour prendre simplement deux exemples majeurs. Certaines de ces questions nous distinguent inévitablement du monde qui nous entoure, mais pas toutes. À côté de la militance éthique, bien connue parmi nous, notre projet missionnaire nous invite aussi à développer une éthique missionnaire. Si nous voulons faire connaître l’Évangile, évangéliser, nous ne pouvons pas nous permettre de nous contenter de construire notre propre sous-culture : vivre selon nos valeurs éthiques, entre nous, séparés du monde. Nos Églises sont ouvertes au monde parce qu’elles veulent faire entendre l’Évangile. Notre projet missionnaire ne nous permet pas non plus de nous contenter de combattre pour nos convictions, dans un combat qui se ferait indépendamment de l’annonce de l’Évangile.

Le défi est le suivant : comment allons-nous conjuguer la dynamique missionnelle de nos Églises et l’expression de nos convictions éthiques ? Il est important de savoir que l’ensemble de tout cela, nos convictions telles qu’elles sont exprimées et perçues, construit un certain portrait, une certaine image de l’Église et des chrétiens en France.

Il y quelques décennies (mais visiblement ce n’est plus d’actualité aujourd’hui), nos amis nord-américains avaient imaginé cette petite devise éthique : « que ferait Jésus à ma place ? » On pourrait y ajouter : comment Jésus se ferait-il connaître s’il était à ma place ? Comment serait-il perçu ? Et comment sommes-nous connus ? Comment sommes-nous perçus ? Quelle image de l’Église, à la lumière de l’expression de nos convictions ?

Il est utile de rappeler que si l’Église est différente du monde par définition, cette différence est une différence pour le monde. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’une Église qui cherche à être différente pour s’éloigner du monde ; mais d’une Église qui est différente pour le bien du monde, pour le bien commun, pour que le monde puisse percevoir la réalité du royaume de Dieu (voir Mt 5.14 : la ville située sur la montagne).

Timothy Keller synthétise cette approche en parlant « d’une Église qui existe pour les autres, en se mettant au service du bien commun, dans un esprit de sacrifice ». Il ne dit pas que c’est la seule façon d’aborder le rapport au monde environnant, mais que c’est une possibilité intéressante.

En résumé, les valeurs éthiques ne sont pas identitaires, au sens péjoratif. Elles contribuent à notre identité, bien sûr, mais ce ne sont pas des valeurs de repli.

Comme le dit Darrell Bock dans son tout récent livre Cultural Intelligence (Darrell Bock enseigne au Dallas Theological Seminary, Texas), « les gens ne sont pas des ennemis » et donc le « ton de notre rapport à la culture [environnante] compte ». Et il pose cette question, à propos de notre rapport à la culture, qui va un petit peu au-delà de la question de l’éthique : quel équilibre pour ces deux orientations :

  • interroger la culture (et si nécessaire la contester), ce qui veut dire exprimer et vivre nos convictions chrétiennes même lorsqu’elles sont différentes, d’un côté ;
  • et dialoguer avec la culture (c’est-à-dire écouter, accompagner), c’est-à-dire nous associer aux aspirations de nos contemporains et aux orientations de nos sociétés, d’un autre côté.

Bock parle à ce propos d’intelligence culturelle. Mais il est vrai qu’il réfléchit dans le contexte nord-américain où l’on a parfois parlé de « guerre culturelle » à propos des positionnements chrétien et non chrétien, et même intra-chrétiens. Notre statut francophone ultra-minoritaire nous a jusque-là préservé de cette guerre, mais la question pourrait se poser différemment dans les années qui viennent.

Comme l’écrit Kevin Vanhoozer, « le fait de demeurer ou non dans la vérité ne relève pas tant de nos prises de positions théoriques que de l’orientation de notre cœur », et j’ajoute : de notre attitude à l’égard du monde.

C’est le défi éthique, ou éthico-missiologique.

Pour revenir à la synthèse, cliquez ici.

Pour lire l'article 5/5 - Le défi liturgique, cliquez ici.

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